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Interview d'une conseillère conjugale et familiale et accompagnante au ProDAS

6 questions à Camille S, Conseillère Conjugale et Familiale et accompagnante au ProDAS

 

Depuis quand es-tu engagée dans la mise en œuvre du programme ProDAS, et comment as-tu été formée à cette approche ?

"Je suis engagée dans le ProDAS depuis 2017. J’ai été formée un peu par hasard, alors que j’étais encore en formation de conseillère conjugale et familiale. Il restait des places, j’étais curieuse, et j’ai tout de suite eu envie de découvrir le programme.

Après la formation, j’ai été immédiatement séduite. Quand j’ai ensuite été embauchée au Planning, on m’a proposé d’accompagner des enseignants formés au ProDAS, et j’ai accepté. C’est comme ça que j’ai commencé.

Aujourd’hui, je ne me verrais pas arrêter. J’aime beaucoup ce programme, le contact avec les enseignants, et le fait d’être dans les classes, surtout en maternelle. C’est une vraie bulle d’oxygène dans ma semaine."

Quelles évolutions du ProDAS as-tu observées au fil de ta pratique ?

"Il y a toujours eu des inquiétudes autour du nombre de séances, notamment sur la possibilité de faire les quinze séances prévues. Une fois, on a dû raccourcir pour des raisons de budget, et ce n’est jamais très confortable, parce que chaque séance compte.

Sinon, une évolution importante, c’est que le ProDAS s’est progressivement développé vers d’autres niveaux. En 2017, il n’était pas proposé au collège ou au lycée, et aujourd’hui, c’est quelque chose qui commence à se penser davantage."

Sur une année de pratique du ProDAS, quelles évolutions observes-tu chez les professionnels ou les enfants ?

"Chez les enseignants, il y a souvent un vrai changement de regard sur les enfants. Ils deviennent plus attentifs aux émotions, plus à l’écoute, et disent souvent qu’ils redécouvrent leur classe. Il y a aussi une évolution de posture : écouter autrement, sortir du cadre scolaire classique, ce n’est pas évident, mais très riche.

Chez les enfants, les évolutions sont souvent très visibles. Des enfants qui ne parlaient pas au début osent prendre la parole, raconter, reformuler. Être écouté, se sentir compris, ça joue énormément sur l’estime de soi.

On voit aussi beaucoup de choses dans le non-verbal : les regards, les sourires, la fierté lors d’une première prise de parole. Et parfois, à l’inverse, des enfants très moteurs en classe deviennent très silencieux dans le cercle, parce que le cadre est différent."

Quelles sont les principales difficultés ou obstacles que tu rencontres dans l’animation des séances ProDAS ?

"La principale difficulté, ce n’est pas le contenu, mais la régularité. Le ProDAS a besoin de continuité. Quand les séances sont trop espacées à cause d’absences, de grèves ou d’imprévus, la dynamique se perd.

Idéalement, les séances doivent avoir lieu toutes les semaines. Quand il y a trop de coupures, surtout sur de longues périodes, ça devient compliqué, autant pour les enfants que pour les enseignants."

Selon toi, quels éléments permettraient d’améliorer encore la mise en place du ProDAS ?

"Honnêtement, je trouve que ça fonctionne déjà bien. À mon niveau, je ne me sens pas en difficulté avec le dispositif. Même s’il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas toujours d’accord, ça ne m’empêche pas de continuer.

Chaque année, j’ai des accompagnements, et je n’ai aucune envie d’arrêter. Au contraire, j’aimerais parfois en faire plus. Quand je vais à l’école, surtout en maternelle, je suis vraiment contente. Les enfants sont très en demande, parfois très collants, mais ça reste très touchant. Ça me confirme que j’aime ce que je fais."

Peux-tu nous partager un moment qui t’a particulièrement marquée dans ton expérience avec le ProDAS ?

"Je n’ai pas un moment précis en tête. J’ai plutôt l’impression que, dans chaque accompagnement, il y a toujours un petit moment fort, presque magique.

Souvent, ce sont des prises de parole très simples, mais très justes. Des enfants qui disent quelque chose avec beaucoup de sincérité, et là tu te dis : « waouh ». Même très petits, ils peuvent être profondément surprenants.

Je me souviens quand même d’un cercle en CP-CE1 autour de la tristesse. Les enfants ont parlé de perte, de deuil, et ce que ça a provoqué dans le groupe était très fort. On sentait une vraie écoute collective.

Ce qui me marque le plus, finalement, c’est cette capacité des enfants à surprendre. Dans chaque accompagnement, il y a presque toujours un moment où quelque chose de fort se passe."