
La manosphère, un écosystème idéologique numérique
Le masculinisme se déploie largement au sein de ce qu’on appelle la manosphère, un ensemble de forums, chaînes vidéo, comptes et plateformes réunissant coachs en séduction, groupes « incels », militants masculinistes, influenceurs antiféministes et sphères d’extrême droite.
Cet univers fonctionne comme un écosystème idéologique poreux. Les concepts, récits et références circulent d’un espace à l’autre : les théories du complot, le vocabulaire spécifique comme red pill, la hiérarchisation « alpha/bêta », glorification du « mâle dominant ». Les plateformes favorisent cette circulation par leurs logiques algorithmiques, qui mettent en avant des contenus clivants, émotionnels et engageants.
Le succès de ces discours tient aussi à leur pouvoir de simplification. Ils proposent une lecture du monde où les difficultés individuelles (solitude, échecs affectifs, précarité, sentiment d’injustice, mal-être psychique) sont attribuées à un ennemi clairement identifié : les femmes, le féminisme, ou un système supposément « féminisé ». Cette externalisation de la responsabilité peut produire un soulagement psychique temporaire, au prix d’une radicalisation des représentations, d’une rigidification identitaire et d’une légitimation de la haine.
La mouvance incel : entre désespoir, haine et déterminisme
Parmi les courants les plus visibles figure la mouvance incel (involuntary celibates). Elle repose sur l’idée que certains hommes seraient biologiquement ou socialement condamnés à l’exclusion sexuelle et affective, du fait des femmes et d’un « marché amoureux » jugé injuste.
Ce discours est structuré par une hiérarchisation violente des hommes eux-mêmes : opposition entre « alphas », « bêtas », « losers », et idéalisation du chad, figure fantasmée de l’homme séduisant, dominateur et valorisé. Il s’accompagne de pratiques comme le looksmaxxing, et d’une vision profondément déterministe, biologisante et déshumanisante des relations.
La haine des femmes y est centrale, souvent intriquée à une haine de soi, à des vécus dépressifs, à des expériences de rejet et d’isolement. Dans ses formes les plus extrêmes, ce courant a été associé à plusieurs attentats et passages à l’acte meurtriers, revendiqués au nom de cette idéologie.
Porosités politiques, économie de l’attention et santé mentale
Le masculinisme entretient des connexions avec l’extrême droite : partage de cadres complotistes, antiféminisme, rejet des études de genre, mais aussi récupération opportuniste de discours féministes à des fins xénophobes ou islamophobes. Il peut également compter sur des alliées féminines issues de courants conservateurs, les « trad wives », qui promeuvent un retour à des rôles de genre stricts.
Aujourd’hui, le masculinisme est aussi un marché. Coaching, formations, abonnements, contenus viraux : il s’insère pleinement dans l’économie de l’attention. Ces discours trouvent un écho particulier chez des jeunes hommes en situation de détresse psychologique, en quête de repères, d’appartenance et de reconnaissance.
Masculinisme et actualité : un enjeu désormais politique et sécuritaire
Cette analyse est confirmée par l’actualité institutionnelle, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a récemment alerté sur la montée du masculinisme, désormais qualifié d’enjeu de sécurité nationale, en soulignant les risques de radicalisation, de violences et de diffusion massive de discours de haine.
Ce rapport met en lumière le rôle central des plateformes numériques, la circulation transnationale des idéologies masculinistes, et la nécessité de penser ce phénomène non plus comme marginal, mais comme un problème social, politique et de santé publique. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes.
Une des 25 recommandations de ce rapport est de rendre les séances d’EVARS obligatoires et donner un cadre et des moyens pour les appliquer.
Quelles pistes face au masculinisme ?
La lutte contre le masculinisme ne peut se limiter à la seule répression pénale. Plusieurs axes se dégagent : régulation des plateformes, soutien aux associations féministes, développement de l’EVARS, renforcement de l’arsenal juridique et prise en compte de la santé mentale des garçons et des jeunes hommes.
Le masculinisme n’est ni marginal ni anecdotique. Le comprendre dans sa complexité historique, idéologique et psychique est une condition essentielle pour construire des réponses politiques, éducatives et cliniques.
Planning familial : se former, comprendre, agir
Face à la montée des discours masculinistes et aux alertes récentes des institutions, le Planning familial propose des formations, temps de sensibilisation et espaces d’échange à destination des professionnels, bénévoles et du grand public.
Ces actions visent à :
- mieux comprendre les mécanismes idéologiques à l’œuvre
- repérer les processus de radicalisation
- renforcer la prévention des violences
- soutenir une éducation populaire et féministe
Elles s’inscrivent dans le développement de l’EVARS (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle), levier essentiel pour déconstruire les stéréotypes de genre, promouvoir une culture du consentement et outiller les jeunes face aux discours de haine.
=> Retrouvez le planning des formations sur notre site, ainsi que nos rencontres et actions sur notre Instagram.
Pour aller plus loin :
> France TV - "MASCUS : Infiltration chez les hommes qui détestent les femmes"
> La Fabrique du Mensonge : Affaire Johnny Depp/Amber Heard
> Podcast - “Est ce que les masculinistes vont bien ?"
> Livre de Pauline Ferrari “Formés à la haine des femmes”
> Rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste
